Décaricaturer
Vous avez déjà pensé devenir prof de religion? Oubliez ça... Pas principalement parce que la profession a bien peu d'avenir compte tenu du nombre d'heures attribuées à ce cours. Pas spécialement parce que les jeunes ont des préjugés aussi solides sur le sujet que leur ignorance est abyssale en la matière. Non, renoncez à cette vocation parce que les méchants l'emportent toujours sur les bons!En tant qu'éducateur, je ne poursuis qu'un objectif: amener le jeune à développer un jugement équilibré sur le phénomène religieux. Je tente de montrer à mes élèves que la religion, malgré ses travers, peut contribuer positivement au développement humain. La foi arrive à donner un sens à la vie, les rites se révèlent souvent utiles, les mythes anciens parlent de ce que nous étions et sommes encore, les sagesses multimillénaires des divers courants religieux portent des questions pertinentes pour notre époque...
Et blablabla! Ah oui, et aussi blablabla... Cause toujours!
Comment voulez-vous parler de la chose avec nuance et intelligence quand pratiquement tous les croyants qui font la manchette sont des exaltés? Gandhi est bien sympatique, mais il est mort en 1948. Martin Luther King incarne un christianisme dont je n'ai pas honte, mais il faut avouer que Bush a plus de visibilité que lui présentement. Bien sûr, Mère Teresa n'est pas morte il y a bien longtemps (quoique ça va bientôt faire dix ans), mais la vocation religieuse n'a plus beaucoup la cote. Je sais, il y a d'autres gens moins connus que ces icônes et qui ont eu une vie remarquablement inspirante, mais on vit dans un monde de vedettes, de figures emblématiques. Il en faut beaucoup pour faire sourciller des ados de 14 ans.
Quant à la masse des croyants, elle ne sert guère mieux ma cause. Des centaines de millions de chrétiens, de musulmans, d'hindous, de bouddhistes, de juifs, de sikhs (alouette) vivent des existences remplies de sens. Leur quotidien est nourri d'une foi intelligente et bienveillante. Or, les gens ordinaires, tranquilles et heureux ne font pas les nouvelles. Par contre, il suffit d'une poignée d'extrem
istes qui lancent des pierres pour tout ruiner. C'est toujours d'eux dont on parle. Les terroristes, les Talibans, les pros-vie, les anti-gays, les new-born... Ce sont uniquement eux que mes étudiants peu cultivés sur le plan religieux voient dans les médias. Ils finissent par croire qu'être croyant, c'est être fou, stupide, intolérant, violent. Peut-on les blâmer?Cette semaine, j'aurais voulu aller souper chez un musulman. Parler avec lui. Pleurer avec lui. Prier avec lui. J'aurais aimé échanger avec lui sur ma tristesse devant l'ignorance qui rend craintif et qui tue. J'aurais souhaité lui dire mon malaise devant la perte du sens du sacré. J'aurais voulu qu'il vienne dans ma classe lire ce verset du Coran si cher à ses yeux: "Lorsque les croyants sont apostrophés par les ignorants, ils disent: paix!"


















